Historique

Réalisé par Luc de Vos et Etienne Mottoul

Raccourci ci dessous : 

Un projet de Pierre Schyven en 1877

Construction – Polémique concernant le placement

Enfin une réception et inauguration ?

L’orgue a-t-il réellement été construit en 1878 ?

Construction de la tribune & du buffet de l’orgue.

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Travaux par Wetzel en 1912

Intervention de Kerkhoff.

Remise en état et modifications par Gomrée.

Relevage par la Manufacture Thomas en 1996

En guise de conclusion

 

 

 

Un projet de Pierre Schyven en 1877

 

Sur le clavier de l’orgue de Bouillon se trouve une barre d’adresse portant la mention : « Pierre Schyven & Cie Bruxelles », facteur d’orgues qui peut-être considéré avec certitude comme étant l’auteur de ce superbe instrument au vu du style et de sa facture.

Rappelons au passage que Pierre Schyven, né en 1827, fit son apprentissage dans l’atelier de facture d’orgues établi en cette commune dès 1843 par Joseph Merklin ; il y devint contremaître et chef d’atelier en 1851, puis directeur en 1870, avant que l’ancien établissement Marklin-Schütze ne devienne en 1875 la société en nom collectif « Pierre Schyven & Cie ».

Nous ignorons par quel chemin l’on fut amené à traiter avec Pierre Schyven dont les réalisations les moins éloignées géographiquement se trouvaient à Namur (Saint-Jean en 1875 et Saint-Joseph en 1876) si l’on excepte les petits instruments de Beauraing (1870) et Celles (1862) signés par Merklin mais dans lesquels il dut vraisemblablement s’investir.

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Dans les années 1870, peu de paroisses disposaient d’un orgue dans cette partie sud du pays, et l’on dénombre que deux facteurs y ayant livré des instruments neufs depuis le Révolution : Hippolyte Loret (Bruxelles) qui édifia l’orgue de Neufchâteau en 1851, et son frère François Loret (Malines) qui installa deux orgues à Bastogne en 1867 (au séminaire et à St-Pierre), puis celui de Hotton en 1871. Et le premier quitta la Belgique en 1876 et le second décéda en 1877. D’autre part, ce n’est qu’à partir de 1881 que l’on verra Charles Anneessens (Grammon) travailler edans cette région, précisément en modifiant ces deux orgues de Bastogne puis celui de Neufchâteau.

 Vers le même moment, Pierre Schyven y étendra son aire d’activité avec la construction des orgues de Gedinnes (1881) et, en France, de Charleville (1877 ou 1885 ?), Mézières (1884) et Givet (1885).

 Le contrat pour la construction de l’orgue de Bouillon aurait été signé le 24 juin 1878 selon la mention présente à cette date dans le registre de la commune : « Vu le devis de M.M. P. Schyven & Cie pour la fabrication et la fourniture d’un orgue au prix de 18000frs. Devis approuvé et signé ». Mais d’autres documents font mention soit d’un « devis ou projet présenté par M.M. P. Schyven &Cie signé le 4 septembre 1877 » soit, « que c’est seulement à la date de 4 septembre 1877 que le susdit projet a été signé par les membres du collège échevinal(…) ».

Malheureusement, aucun devis, aucun contrat n’a été retrouvé dans les différents fonds d’archives dépouillés.

Par contre de très nombreux documents montrent que l’acquisition et surtout le placement de cet orgue seront à la base d’une véritable tempête communale

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Construction – Polémique concernant le placement

 

En fait, il s’avéra que l’orgue était bien trop grand pour le jubé de l’édifice construit moins de trente ans plus tôt, comme le laisse entendre l’échevin faisant fonction de bourgmestre, Mr LEROUX, lors d’une mise au point :

«  Le jubé qui existait dans l’église n’étant pas dans les dimensions voulues pour recevoir l’orgue , ni dans les conditions de solidité nécessaires, il s’agissait de construire un nouveau. Le conseil avait reconnu cette nécessité en votant au budget une somme globale de frs 25000 pour orgue, jubé et buffet. Le collège échevinal devait donc faire un second traité pour la construction de ce jubé et buffet. A cet effet il s’adressa à M.M. Angibert et Dimoff entrepreneurs à Bruxelles, qu’ils chargèrent de lui présenter un projet de jubé et buffet avec plan et dessin en harmonie avec le style de l’église, ainsi qu’un projet de traité à forfait pour l’exécution de ces deux objets. Dessins et projet furent joints au dossier concernant l’orgue dont ils étaient les accessoires obligés. Ce dossier que M. le Gouverneur avait réclamé par sa lettre du 27 juillert 1878 (…)ne lui fut transmis que le 31 octobre suivant, pour être soumis à l’approbation de la Députation. »

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Le Gouverneur de la province avait demandé un double du dessin de l’orgue et un croquis de l’église de Bouillonafin que la Commission Royale des Monuments « puisse apprécier si le style de l’orgue concorde avec celui de l’église », dessin qui n’a pas non plus été retrouvé. Une lettre du commissaire d’arrondissement précise qu’il faudrait carrément « démolir et reconstruire le jubé de cette église parce que les orgues prendraient une place considérable ».

 

Un petit mois plus tard, le Gouverneur demande au Commissaire précité de lui « faire savoir si  les travaux de placement d’un orgue avec jubé dans l’église de Bouillon sont commencés. Dans l’affirmative, invite l’administration communale à faire stater immédiatement les dits travaux lesquels n’ont pas encore été jusqu’ici autorisés (…) ». On réponds le 05/01/1879 qu’ils ne sont pas commencés tandis que le Ministre de la justice expédie le 9 l’arrêté royal autorisant le placement de l’orgue.

 

Le 29/01/1879,  Mr Leroux, « bourgmestre faisant fonction », signale au Gouverneur que l’ « orgue et le buffet étant faits, les entrepreneurs n’attendent plus que les plans pour commencer ». Un document non daté parle de quatre plans.

Le 12/02 1879, un télégramme demande au Gouverneur d’envoyer immédiatement un « commissaire spécial avec pleins pouvoirs » car la démolition du jubé demandée par le collège des échevins continue, en exécution d’un marché du 15 janvier se montant à 6000 frs qu’ils disent non approuvé.  Suit une lettre le même jour de six conseillers communaux « formant la majorité du conseil communal (…) élu le 29 octobre dernier » qui ont pris connaissance « que Mr Leroux remplissant les fonctions de Bourgmestre et échevins avait en date du 15 janvier contracté un marché avec Mrs Dinoff » pour la construction d’un jubé et constatent qu’aucun ordre d’arrêter n’a été donné par Mr Leroux tandis que les travaux continuent « avec la plus grande ardeur »

Le lendemain, Mr Leroux répond au Gouverneur :

« (…) le collège échevinal ne peut donner à ces messieurs (les conseillers communaux) la satisfaction qu’ils demandent 1° parce que (sic) la démolition de l’ancien jubé était chose à peu près accomplie avent que le collège en ait été informé, 2° parc que en le faisant, il s’exposerait à des dommages et intérêts personnels envers Mrs Angibert et Dinoff, pressés de placer le buffet et le jubé qu’ils se sont engagés de fournir à la ville, et 3° parce que tout ce qui se fait est l’accomplissement de conventions antérieures ».

 

Ce à quoi répondent les conseillers que si l’orgue avait effectivement été autorisé, des travaux de buffete et jubé ne sont nullement mentionnés à l’A.R.

 

Rien ne s’arrange ! Le 20 février 1879, répondant à la requête du Conseil communal, le Commissaire d’arrondissement est d’avis d’ester en justice contre le Collège des échevins,…mais la députation permanente n’est pas d’accord !

 

Schématiquement, les conseillers considèrent que si ce projet avait bien été approuvé à la date du 24 juin 1878 par le Conseil communal, celui-ci ne pouvait  permettre d’acheter des orgues avant d’avoir obtenu l’autorisation de las placer dans l’église, et de précéder donc l’approbation du Roi, laquelle pouvait être refusée. Et qu’ainsi, les prescriptions de la loi n’ayant été remplies sur ce pont essentiel, le contrat en question reste un simple projet et ne lie aucunement la commune. Considérant par ailleurs ce projet comme étant une véritable dépense de luxe propre à entraver la réalisation d’une série de travaux « d’une utilité réelle »…

 Le 10 avril 1879, Mr Leroux se plaint que 2 pièces manquent au dossier revenant du Ministère de la justice via le Gouvernement provincial : le dessin du jubé et buffet, et l’avis de la Commission « par une étrange fatalité, ce sont justement les 2 documents qui nous seraient nécessaires ». Le 17 mai, il est question de trois plans et le (nouveau ?) bourgmestre Marbais cite également ce « devis ou projet présenté par M.M. P. Schyven &Cie signé le 4 septembre 1877. Trois jours plus tard, c’est le Gouverneur qui réclame un 4ème plan manquant au Bourgmestre ! Que lui renverra finalement le Ministère le 14 juillet…Par contre, selon des courriers d’août, septembre et octobre, le double du contrat avec Angibert & Dinoffr demeure introuvable.                                                                                    

Pendant ce temps-là, le facteur et son orgue attendent…   Le 13 octobre 1879, Pierre Schyven (facteur d’orgue) en est réduit à intenter une action en justice contre la commune pour la faire condamner au paiement de l’orgue augmenté de 5000frs de dommages et intérêts. Suit un recours de la ville auprès du Ministère de l’intérieur contre le refus de la Députation permanente de l’autoriser à de défendre en justice…Mais un arrangement paraît encore possible six mois plus tard, Shcyven annonçant qu’il renoncera à son action si l’administration communale consent à prendre livraison de son orgue.

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 Rien y fait, et le 12 novembre 1880, le Tribunal civil de Neufchâteau condamne la ville à prendre livraison de l’orgue. Celle-ci demande à la Députation permanente l’autorisation d’aller en appel, Députation qui refuse à nouveau,…recours auprès du Ministère de l’intérieur,…qui l’autorise le 19 juillet 1881. Mais, le 4 juillet 1881, la Cour d’appel de Liège confirme le jugement de Neufchâteau.

En août 1881, il est à nouveau question d’une transaction : proposition aurait été faite à Schyven de lui laisser l’orgue pour le vendre ailleurs tout en le remboursant des frais occasionnés par toute cette affaire. Schyven déclare avoir proposé l’orgue en différents lieux sans succès, les fabriques d’églises ayant répondu que le moment n’était pas propice à une telle dépense ou que l’instrument n’était pas en rapport avec les exigences de leurs locaux, et que, ne pouvant supporter ce volumineux capital improductif, il ne voit d’autre solution que de clore définitivement le dossier moyennant une somme de 23000frs payables avant le 1er juillet 1882, renonçant dès lors à toutes ses prétentions accessoires telles que frais d’entretien, intérêts judiciaires, coûts de procédure, &a, qualifiant sa proposition d’extrêmement modérée par rapport à ce qu’il pourrait obtenir en justice d’un procès en dommages et intérêts. Y est aussi compris le transport de Bruxelles à Libramont, où l’orgue devrait semble-t-il être entreposé, éventuellement après expertise de toutes les pièces en atelier, seul le montage restant à payer lorsque la ville se déciderait à mettre l’instrument dans l’église.

L’origine bien évidemment politique de toute cette regrettable histoire  est évoquée par Schyven presque explicitement lorsqu’il déclare dans le même courrier : « Veuillez bien vous persuader, Messieurs, que personne n’a cherché à nous influencer dans cette détermination ; nous sommes et restons libres de tout engagement vis-à-vis de vos adversaires politiques et pour vous prouver que nous cherchons à oublier nos légitimes griefs, nous vous proposons une transaction ( …) »

Entre-temps vinrent les cérémonies du cinquantième anniversaire de la Belgique, avec notamment un « grand festival de musique » nécessitant la fourniture d’un orgue « d’une certaine dimension ». Ainsi le 19 décembre 1879 un Monsieur Ballefroid, secrétaire général du Ministère

de l’Intérieur et directeur général des Beaux-Arts s’adressa à ce propos à Schyven qui répondit posséder en ses ateliers, un « fort bel orgue » destiné et construit pour de Bouillon, mais que vu la procédure judiciaire en cours, il convenait d’obtenir de la commune une autorisation de prêt au Gouvernement. Ce que demanda en personne le Ministère de l’Intérieur, terminant par un diplomatique « J’espère (…) que vous ne refuserez pas à donner ainsi  votre concours à l’organisation des fêtes destinées à célébrer l’Anniversaire de notre indépendance nationale », qualifiant l’affaire de « très urgente ».


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Schyven estimait que ce prêt n’entraînerait la Commission des fêtes qu’à une dépense de 5000frs couvrant le transport et me placement durant deux mois environ, l’entretien pour les répétitions et concerts, ainsi que le démontage, emballage et transport après la clôture des fêtes.

 

 On ignore quelle fut la suite donnée à ce projet.

 

Enfin une réception et inauguration ?


Le 15 novembre 1881 doivent arriver en gare de Libramont deux tapissières de plus ou moins trois tonnes accompagnées d’un colis de 5m50 et plus ou moins 250 kilos : l’orgue.

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Vraisemblablement, on a finalement dû écarter la solution du stockage en pièces puisque début 1882 l’orgue est enfin installé dans l’église ainsi laisse entendre la lettre qu’adressa Schyven le 7 février 1882 au bourgmestre Rosbach. En fait, selon la tradition, il aurait été monté à même le sol dans l’un des collatéraux. Cette lettre traite de la réception de l’instrument et d’une inauguration par Alphonse Mailly, celui-là même qui portera bientôt le titre de Premier organiste du Roi. Selon Jean-Pierre Félix, Mailly fut assurément l’organiste de prédilection de Schyven, précisant encore que sur la  cinquantaine d’inauguration ou d’expertises qu’il a pu répertorier pour Mailly, une trentaine concerna des œuvres de Schyven  ou, initialement, de Merklin-Schyven. Laissons parler Schyven : 

 « Monsieur le Bourgmestre

 

Je vous remercie de votre lettre du 4 février qui nous fait espérer la bonne entente au sujet de la date de l’expertise de l’orgue placé par notre maison dans l’église de la ville.

Malheureusement nous sommes forcés, bien malgré nous de maintenir comme définitives ces dates du 13 et 14 février par ce qu’après consultations prises avec Mr Alphonse Mailly, celui-ci nous déclare que l’époque précitée était la seule qui restait libre qui lui restait libre d’ici a longtemps ; sa présence est réclamée pour le grand concert du cinquantenaire du conservatoire de Bruxelles et Mr Mailly y joue plusieurs fois de l’orgue soit en solo soit en accompagnement des chœurs.

C’est en faisant appel a tout son dévouement que j’ai pu le décider a venir inaugurer l’orgue de Bouillon, mais a la condition expresse qu’il pourrait être de retour a Bruxelles mercredi 15 a 15h. D’autres part, nos ouvriers sont attendus en France pour le montage d’un orgue et là encore, nous nous trouvons devant un cas de force majeure. Vous savez par contre qu’il n’y a pas d’expertise et d’inaugurations possibles sans la présence des accordeurs de l’orgue !

Nous arriverons le lundi 13 a 16h00 et à 19h00 Monsieur Mailly me charge de vous inviter a une séance intime offerte a votre conseil et a leurs familles, portes fermées. Inutile d’ajouter qu’il compte sur votre présence tout particulièrement.

Je vous propose de procéder à l’expertise le lendemain a 9 ou 10 heures du matin. A deux heures Mr Mailly donnera une séance publique pour les habitants et il va sans dire qu’elle sera gratuite comme la précédente.

Après l’expertise et l’inauguration, j’espère que vous me ménagerez une entrevue avec quelques membres de votre conseil pour jeter les bases d’un arrangement pour toutes les affaires en litige. Je ne vois absolument pas quel intérêt, la ville de Bouillon trouverait dans une prolongation de lutte que notre maison n’a jamais provoquée.

Comptant sur votre bienveillant et affectueux concours, je veux prie d’agréer l’expression de mes meilleurs sentiments de considération. Signé : Pierre Schyven.

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L’on aurait pu croire qu’un dénouement heureux était en fin en vue, mais la ville ayant pris la décision, bien légitime au demeurant, de recourir-en plus ou plutôt ?- aux services d’un expert de son choix, un nouveau problème surgit, ainsi qu’expliqué en séance communale du 14 février 1882 : « Monsieur le Bourgmestre expose à l’assemblée que conformément à la délibération du 7 courant, il a invité Messieurs Brisset frère et fils ; organiste à Sedan, de se rendre à Bouillon, le 13 même mois, pour procéder à l’expertise de l’orgue qui vient d’être placé dans l’église paroissiale, mais que vu la somme élevée (trois cents f.b.) demandée par ces messieurs, il n’a pas cru devoir prendre sur lui de traiter ce chiffre, et leur a fait connaître que la réception était ajournée. Le conseil après avoir délibéré charge son collège échevinal de faire les diligences nécessaires pour obtenir une diminution du prix demandé par M.M. Brisset frère et fils, et dans le cas où cette démarche serait sans résultat, de rechercher d’autres experts . Il décide en outre que la réception devra être faite dans les quinze jours ».

 

En fait Brisset déclara vouloir venir avec un facteur d’orgues « qui doit l’assister dans l’expertise du nouvel orgue ». Ce facteur lui aurait répondu qu’étant empêché à la date fixée, le fils de Brisset, qui est son élève, « peut très bien le remplace ». Sur sa lettre, une autre main nota au crayon « Mailly de Bruxelles ne demandera(…)que 150frs ».

 La réponse à cette nouvelle démarche scabinale est sans doute la lettre de Brisset datée du 20 février 1882 qui apporte quelque détails :

 Monsieur le Bougmetre,

Je vous demande bien pardon de ne pas vous avoir envoyé de réponse plutôt à la dernière lettre que vous m’avez adressée ; il fallait que je consulte pour l’expertise le facteur d’orgue qui doit me seconder dans l’opération de la réception de votre orgue ; à l’effet de savoir si il consentait à la transaction proposée par vous c’est à dire 150frs : plus mes honoraires. Je n’ai pas encire eu sa réponse mais d’après la lettre que m’écrit mon fils je dois conclure qu’il adhère. En conséquence je viens vous proposer Monsieur la date de mardi 28 février pour examiner l’instrument.

 

Je ne crois pas que dans cette expertise il y aura beaucoup à dire attendu que la maison qui l’a construit rivalise de talents avec les premières maisons de Paris ; c’est ce qui nous obligera a y mettre tous les soins possibles et avec la plus franche impartialité. Après la visite du mécanisme nous procéderons à l’examen des jeux en particulier qui entrent dans la composition de l’orgue c’est à dire de juger de leur timbre, de leur harmonie et de leur ensemble, après quoi, je chercherai à faire valoir toutes les ressources qu’il renferme.

 Ne vous attendez pas de ma part à entendre autre que de la musique sérieuse, c’est du classique que j’exécuterai.(…)

 On ignore quand et avec qui se fit cette réception qui, semble-t-il, ne dû se faire qu’avec une retard considérable.

 

Quant à ce Brisset, il doit certainement s’agir de celui qui se prénommait Jean-Marie, organiste à Sedan au moins de 1854 et 1864, et aveugle, ce qui explique sans doute qu’il devait être secondé au moins pour la « visite du mécanisme ». Il servit aussi d’expert en 1861 et 1864 pour réceptionner les orgues de Marville (F) et d’Olizy-sur Chiers (F), y étant signalé comme « accordeur d’instruments de musique » sedanais.

 Et quand il déclare que Schyven rivalise avec « les premières maisons de Paris », il est difficile de ne pas y en voir en première ligne celle de l’Avenue du Maine , ce qui sous-entend donc que Brisset le considérait l’égale d’un Cavaille-Coll. Par contre, le nom du facteur qui devait l’assister ne nous est d’aucune manière apparu.

 

Concernant « Brisset Fils », serait-ce Augustin Brisset, qui s’établira facteur d’orgues à Reims, en activité au moins de 1883 à 1920 et auteur notamment de l’orgue du Collège N.-D ; de Beaulieu à Virton qui avait été racheté à Reims ?

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Mais à Bouillon l’affaire n’est pas encore terminée…Pierre Schyven aurait-il menacé de faire saisir l’orgue pour non paiement ?

Toujours est-il qu’en séance du 8 mars 1882, le conseil acte que :

« Vu la délibération du conseil de la Fabrique d’église en date du 4 mars 1882, dans laquelle cette assemblée, statuant sur une dépêche en date du 3 même mois, adressée à M. le Doyen par Monsieur le Bourgmestre, décide que contrairement à la défense faite la susdite dépêche :

1.-Qu’on continuera à se servir des orgues suivant leur destination et leur besoin du culte.

2.-Que la fabrique s’opposera par tous les moyens en son pourvoir à l’enlèvement de tout ou partie des orgues.

Revu ses délibérations en date des 17 février 1879 et 16 novembre 1881, lesquelles il résulte que l’orgue n’a été déposé que provisoirement dans l’église que pour pouvoir en faire la réception.

Considérant que la remise définitive de cet instrument ne peut-être faite à la fabrique d’église que pour autant que le conseil communal y consente et qu’il trouve dans l’église un emplacement convenable pour l’y déposer.

Arrête : Sommation sera faite à la fabrique d’église de cesser de se servir des orgues et de remettre entre les mains de Monsieur le Bourgmestre les clefs que Monsieur le Doyen détient ».

Le 3 mai 1882, Pierre Schyven n’est toujours pas payé ! Le double du procès verbal de réception de l’orgue n’est transmis au Gouvernement provincial que le 9 octobre 1882 (non retrouvé), tandis que le 11 novembre 1882, le Conseil se penche sur « l’état en double expédition dressé par M.M. Pierre Schyven et Cie de Bruxelles, comprenant la première partie des frais judiciaires et honoraires dus à M .M.  les avoués et avocats Gérard, Poncelet et Cornesse ainsi que les frais d’huissier Fauvel, dans l’affaire contre la commune de Bouillon s’élevant ensemble à frs 2294,96 et la seconde partie comprenant les dommages et intérêts réclamés par les demandeurs pour retard apporté dans la réception de l’orgue se montant à frs 7300. Soit un total de 9594 frs » Pour les estimer exagérés et accepter la transaction de 5000frs proposée par l’avocat pour éviter un nouveau procès…

En juillet 1883, le conseil acte que « La décision à prendre relativement à la reconstruction du jubé et au placement de l’orgue est ajournée jusqu’à ce que la situation financière de la ville soit améliorée et que le conseil puisse délibérer utilement ».

L’orgue a-t-il réellement été construit en 1878 ?

En fin de compte, si l’orgue pourrait avoir été construit en 1878 selon la lettre du 29 janvier 1879 citée plus haut, son montage n’aura commencé que le 15 novembre 1881 pour se terminer le 15 février 1882 comme le précisa Schyven quelques années plus tard.

Néanmois, il apparaît déjà dans la liste des orgues construits par Schyven publiée par le Père L.Girod s.j. dans son ouvrage intitulé « L’orgue de l’Exposition Belge de 1880 » édité en 1881. En outre, Girod y précise que l’instrument disposait de deux claviers et 19 registres, renseignement qui ne se trouve pas dans la première liste publiée par Schyven, en 1884, dans sa notice sur le nouveau système d’orgues à dédoublement ou à jeux transformatifs, où l’orgue de Bouillon apparaît également. Mais en réalité, il n’y avait jamais eu que 18 jeux posés.

Dans l’orgue, seules deux inscriptions ont été relevées jusqu’à présent, sur deux tuyaux, lors d’un relevage (nettoyage) : le Do du basson 8’ est marque « Basson 8’ Enghien 1880 » : un jeu don l’affectation dut sans doute être changée en dernière minute pour une raison qui nous échappe, l’orgue d’Enghien - présent également dans cette liste « d’avant 1881 » étant directement contemporain de celui de Bouillon, avec une « gestation » de durée analogue, ayant été commandé en 1877 et réceptionné seulement en 1881 ; le Do du Salicionnal 8’ est marque «  Fait par Jacques Orban 1886 Né à Namur 18( ?)4.

Cette seconde marque pose évidemment question du fait que l’orgue était bel et bien monté à Bouillon en 1882, comme on l’a vu. Ce jeu aurait-il été modifié ou remplacé lors de ce déplacement de l’orgue dont on parlera plus tard.

Ce Jacques Orban ne peut être que celui qui obtint une médaille de bronze à l’Exposition universelle d’Anvers de 1885 en tant qu’ouvrier facteur d’orgues coopérateur chez Pierre Schyven, éventuellement apparenté avec le facteur ou réparateur d’orgue F. Orban cité dans l’almanach du commerce entre 1878 et 1880 à Bruxelles.


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Cette seconde marque pose évidemment question du fait que l’orgue était bel et bien monté à Bouillon en 1882, comme on l’a vu. Ce jeu aurait-il été modifié ou remplacé lors de ce déplacement de l’orgue dont on parlera plus tard.

Ce Jacques Orban ne peut être que celui qui obtint une médaille de bronze à l’Exposition universelle d’Anvers de 1885 en tant qu’ouvrier facteur d’orgues coopérateur chez Pierre Schyven, éventuellement apparenté avec le facteur ou réparateur d’orgue F. Orban cité dans l’almanach du commerce entre 1878 et 1880 à Bruxelles.

 

Construction de la tribune & du buffet de l’orgue.

 

Il semble que dès le tout début de 1885 on reparle de doter l’orgue d’un buffet et d’ériger une tribune propre à les accueillir. Et Pierre Schyven d’en paraître fort satisfait comme le laisse entendre le début d’une lettre datée du 23 janvier 1885, tout en rappelant avec insistance, ainsi que dans ses lettres suivantes, ses rapports « affectueux » avec l’ancien doyen Dereppe décédé depuis :

« Ce qui nous enchante, c’est l’annonce probable du déplacement de l’orgue sur une tribune avec un solide buffet.

Comme pour tous les enfants qui ont eu une enfance maladive, nous avons gardé pour l’orgue de Bouillon dont le placement nous a occasionné tant de chagrins une sincère affection.

Nous verrions donc avec joie son placement sur une tribune. L’effet doublerait surtout pour la suavité des jeux de solo. (…) »

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Et le projet de prendre forme avec la lettre du Gouverneur de la province du 25 juillet 1885, qui précise, que l’acquisition de l’orgue et son placement ayant été dûment autorisés, « les frais à résulter de l’installation de ce meuble dans les conditions d’usage et de manière à assurer sa conservation sont une dépense obligatoire aux termes des art 37&92 du décret du 30 Xbre 1809. » Et qu’en conséquence, le Ministre de la justice en a réparti la dépense comme suit : la ville doit en supporter la moitié, la fabrique le quart, la province et l’état chacun un huitième.

 

Suivant les conseils de Schyven, c’est l’architecte Léon Jaminé, de Hasselt, qui est chargé d’établir les plans et cahier des charges pour le jubé et le buffet d’orgue. Schyven cite aussin des sculpteurs aptes à réaliser le buffet : Corneille Janssens de St-Trond, Vermeylen à Louvain et Modeste Verlinde d’Anvers présenté comme étant l’auteur du buffet de Ste-Elisabeth à Roubaix.

 

Quant à Janssens, il mentionnera dans sa demande du cahier des charges ses références en matière de « caisse d’orgues » à Bruxelles : jubé et caisse d’orgue à St-Gilles, Porte de Hal ; caisse d’orgue à St-Jacques sur Coudenberg ; Bon Secours à Bruxelles ; à Anderlecht ; et cela tout en se disant occupé à faire le buffet pour l’église Ste-Walburge à Liège.

 Le cahier des charges de Jaminé stipulait entre autres :

« Les bois de sapin du nord de l’espèce dite rouge de commerce pour des gitages et du mémel rouge pour la caisse d’orgue.(…)

Le zinc à employer pour les tuyaux de façade sera de première qualité sans aucun défaut, parfaitement uni sans crevasses ni boursoufflures (sic). Les tuyaux seront brillants et parfaitement uniformes.

Les travaux de peinture seront exécutés d’après toutes les règles de l’art. On aura soin d’imiter les parties existantes en chêne et de donner une teinte identique à toutes ces parties. On n’emploiera dans la couche de fond de l’huile de lin pure et de la céruse additionnée d’ocre. Après la première couche de fond on aura soin de bien mastiquer les gerçures, fentes et inégalités. Le vernis Copal à appliquer sur toutes les parties du meuble sera frais non évaporé ou trop huileux.

Et dans son devis estimatif : Toutes les parties du meuble seront peintes en imitation de bois de chêne vieux par trois couches de couleur à l’huile et une couche de vernis. Les tuyaux de façade seront exécutés en zinc n°13 parfaitement soudés sans aucune crevasse ni bosse et polis à l’eau acidulée. »

 

Son estimation était de 4068,15 francs dont 2100 frs pour le buffet et 193,72 frs d’honoraires d’architecte (5%).

 

Fin 1885 plusieurs annonces du marché furent inserées dans « La voix du Luxembourg », « La Meuse » (Liège), « La Semois de Bouillon », « Le Courrier de la Semois », « L’Ami de l’Ordre », « Le Patriote », auxquelles l’on ajouta encore l’impression de 80 affiches ! L’on ignore si elles furent toutes posées…L’annonce de l’adjudication publique aux rabais le 15 décembre 1885 était assez laxiste, ce qui amena Janssens à écrire « Vous me ferez un grand plaisir de me faire savoir par qui l’orgue doit être fait », alors qu’il était déjà réalisé !

 Les soumissions furent au nombre de cinq, émanant de :

 

-Corneille Janssens, sculpteur à St-Trond (2050 frs), qui n’a répondu que pour le buffet d’orgue.

-Alphonse Dumont, sculpteur statuaire et entrepreneur de travaux publics de St-Trond (4068frs).

-Joseph Pierrard, menuisier et entrepreneur à Champlon (3700frs).

-Hubert Toussaint-Poncelet, entrepreneur à Bouillon (4195frs).

-Jules Simon-Coyette, entreprneur à Neufchâteau (4100frs).

Après avoir écarté la première car incomplète ainsi que les deuxième et troisième, les cautionnements n’ayant pas été versés, le bureau attribua le travail au cinquième, Jules Simon-Coyette, ce que la Députation permanente approuva le 25 février 1886.

 

Les travaux furent réceptionnés le 21 septembre 1887, mais le procès verbal fait cependant remarquer :

« 1° Que les bois du dos de la caisse d’orgue ne sont pas de toute première qualité et que ceux-ci ont tendance à déjeter.

2° Que les tuyaux d’orgues de façade faits en plusieurs pièces sont mal soudés et insuffisamment polis.

3° Que le vernis placé sur les statues et sculptures est trop brillant.

Que pour remédier au aux inconvénients signalés ci-dessus, l’entrepreneur aura à faire polychromer tel qu’il lui a été indiqué, les tuyaux d’orgue ou bien renouveler cux-ci ; couvrir d’un vernis à l’alcool les parties sculptées ».

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Selon ce que l’on peut savoir aujourd’hui encore, il est très probable qu’il ne recommença pas ses tuyaux de façade. D’ailleurs, deux mois plus tard, J. Simon-Coyette écrivit au doyen pour lui annoncer qu’il lui envoye un peintre pour terminer le buffet, le priant « d’avoir l’obligeance de lui indiquer l’ouvrage qu’il doit faire » car il n’a pas le temps de se rendre sur place, précisant juste que pour la polychromie des tuyaux, son peintre était porteur d’un échantillon…

On n’apprendra rien de plus sur cette « polychromie réparatrice ». Et le plan de Jaminé n’ayant pas non plus été retrouvé, l’on continue à ce demander qui de l’architecte ou de l’entrepreneur est le « créateur » des ces tuyaux de façade aux bouches étranges, question qui fut quelque peu à l’origine de la présente étude.

 Pour le placement de l’orgue, l’on argua qu’il fallait qu’il soit confié à son facteur « pour la raison que son placement dépend et sa sonorité et sa justesse et que ce travail artistique confié à des mains mal habiles pourrait lui enlever tout son caractère », sans adjudication, selon le devis à forfait de 2000 frs. Pierre Schyven l’avait justifié comme suit : « A première vue cela peut vous paraître élevé, mais on pourra vous en dire à Bouillon que nos hommes (deux & trois) sont restés à l’Hôtel des Ardennes plus de deux mois (lors du premier placement ?). Tous ces frais de placement seront majorés cette fois ci du démontage (environ dix jours). Nous estimons la durée totale de ce travail a environ deux mois et demi ».

 L’on ignore quand se termina le remontage de l’instrument et si il y eut une nouvelle inauguration.

 

Travaux par Wetzel en 1912

Une trentaine d’année plus tard, un « devis de restauration » fut adressé par Xavier Wetzel, facteur d’orgues qui s’établit à Namur en 1904, y prenant la succession de la maison Link Frères, mais dont l’origine reste inconnue bien que l’hypothèse d’un lien avec les Wetzel actifs en Alsace ait été émise.

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 Wetzel note que tous les tuyaux des jeux d’anches sont affaissés ou pliés, et qu’il devront être « arrangés » ou remplacés, et que les Gambes (sonorité qui ressemble au violoncelle) et Voix Céleste (sonorité douce) seront munies de freins harmoniques « pour pouvoir les harmoniser comme il faut » tandis que la montre 8 sera équipée d’oreilles, et les tuyaux en bois de la Flûte, « pourvus de plaques pour bien les accorder ».

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Ainsi des modifications sont déjà apportées à l’instrument, non pas à sa composition, mais bien à l’harmonie des jeux de base, intervention peu visible mais qui paradoxalement peut éventuellement modifier bien plus profondément le timbre de l’instrument.

Ces travaux furent exécutés en novembre 1912 mais n’eurent pas fait l’objet d’un procès verbal de réception, détail qui ne sera réglé que par les marguilliers que le 1er juillet suivant mais dans l’ombre d’une présence spécialiste.

 

Intervention de Kerkhoff.

En 1924, Emile-Henri Kerkhoff reçoit une demande de visite d’un accordeur, puis celle d’un devis pour un ventilateur électrique (jusque là, un « souffleur » actionnait grâce à sa force deux soufflets afin d’obtenir le vent nécessaire au fonctionnement de l’orgue. L’employé montait sur deux pédales situées à gauche de l’orgue et grâce au mouvement de ses jambes remplissait ainsi le soufflet de l’orgue. Cela était très fatiguant. Un moteur électrique le remplace aujourd’hui même si le système fonctionne toujours). Deux ans plus tard, c’est par la voix de l’organiste Maurice Clymans (père d’ Henry Clymans) qu’un réparateur est demandé à l’orgue « dont le réservoir et les conduites ne tiennent pas le vent. Ce résultat est dû à la chaleur de la chaufferie centrale. Les soupapes de la machine Barker ne fonctionnent plus et l’instrument ne donne plus qu’un hurlement continu ». Toujours en 1926 mais sans précision de date, Kerkhoff recevra des remerciements pour « l’excellente intervention ».

 

Remise en état et modifications par Gomrée.

 

En octobre 1952, Joseph Gomrée, facteur d’argue à Ste-Marie/Semois, dressa un devis des travaux de remise en état comportant outre les opérations habituelles de nettoyage, étanchéisation et réglage, le replacage des claviers avec « du celluloïd de première qualité » le remplacement de 27 pavillons du Trombone 16’ et de 12 pavillons de la trompette 8’ « tordus et affaissés » par des nouveaux en « zinc spécialement traité, le tout pour 37600frs. En secundo, il propose des « travaux complémentaires hautement utiles pour donner à l’instrument une sonorité appropriée à notre époque », constatant que « cet instrument est dépourvu de jeu de mutation et par conséquent, le répertoire musical est très limité », que le Grand-Orgue ne possède pas les jeux essentiels de Prestant 4’ et de Doublette 2, que le Récit composé uniquement de tuyaux de 8’ et 4’ n’a aucun relief et qu’il serait donc nécessaire d’y incorporer un Cornet décomposé « qui augmenterait considérablement la fusion des sonorités d’ensemble de l’instrument ». Ainsi un Prestant et une Doublette remplaceraient au Grand-Orgue (1er clavier) la flûte 4 et la Gambe, tandis qu’au Récit (2ème clavier) seraient posés « un sesqualter » (sic) sur la chape libre et un flageolet 2’ en remplacement de la Voix-Humaine, cette composition ayant été « établie en collaboration avec Monsieur l’Abbé Lucas, Lauréat de l’Institut Lemmens ». Il précise encore qu’après remise en place et harmonisation soignée de la tuyauterie, « les mélanges seront heureux, l’ensemble coloré et bien sonnant ».

 Le 3 avril 1955 fut adjugé le travail de remise en état de l’orgue : trois facteurs d’orgue avaient été appelés à remettre offre : Simon (39850frs), Van de Cauter (42000frs) et Gomrée (37600frs), ce dernier emportant le marché. Le procès verbal d’adjudication mentionne que cette remise en état comprenait en particulier le replacage des claviers et le remplacement des 27 + 12 pavillons précités sans faire état d’une quelconque modification de l’instrument. Pourtant, il est certain que c’est lors de cette intervention que furent posés ces jeux non originaux que sont le Prestant 4’ et la Doublette 2’ du G.O. ainsi que le 2 pieds et le sesquialter II du Récit, ce dernier donc sur cet emplacement  (appelé chape) libre prévue par Schyven pour une Trompette harmonique 8’. A une époque indéterminée, le trémolo a également été modifié.

 

Relevage par la Manufacture Thomas en 1996

 Ces travaux de nettoyage et de remise en état avaient pour but de rendre l’instrument parfaitement jouable tout en conservant la composition résultant des modifications de 1955, et tout en respectant la physionomie du matériel ancien dans le cas où des pièces devaient être remplacées, de même que l’harmonie « d’origine » pour ce qui était de l’égalisation, ainsi était rédigé le contrat. Bien que cela n’était pas prévu, l’harmonie des jeux de 1955 a été revue. Quelques années plus tard, en 2003, un travail de restauration important était en cours. Retour à la composition d'origine excepté la voix humaine du récit, réharmonisation de l'orgue, dépoussiérage, amélioration des anches...l'orgue retrouvait alors son souffle ! 

La composition de l'orgue apparaît alors comme suit

 

Grand orgue (1er clavier 56 notes) :

 

Bourdon 16 -

Montre 8,

Flûte harmonique 8 -

Bourdon 8 -

Prestant 4 -

Doublette 2V (1955) -

Fourniture (3-5r) -

Trompette 8 -

 

Récit expressif (2ème clavier 56 notes) :

 

Flûte harmonique 8 -

Bourdon 8 -

Salicional 8 -

Voix céleste 8 -

Flûte harmonique 4 -

Trompette harmonique -

Sesquialter 2r (1955) -

Basson et Hautbois 8’ -

 

Pédale (30 notes) :

 

Contrebasse 16 -

Octave-basse 8 -

Trombone 16 -

 

Accessoires (aux pieds)

 

Réunion du Grand orgue au Pédalier -

Réunion du Récit au Pédalier -

Réunion du Récit au Grand orgue -

Jeux de fond du GO -

Jeux de combinaison du GO -

Jeux de combinaison de Récit -

Jeux de combinaison du Pédalier -

Trémolo (Récit) -

Expression (Récit, à cuillière).

 

Les flûtes harmoniques sont en double longueur dès c’ pour les 8’ et dès c° pour le 4’ ; de même la Trompette à partir de c’’. Etant donné que le Prestant 4’ n’est pas un jeu neuf – à première vue, il ressemble à la tuyauterie ancienne- et que son faux-sommier semble d’origine et sans trace de réduction de diamètre des perces, il tout à fait possible qu’il ne soit autre que l’ancienne Gambe 8’ recoupée et déplacée de la 5ème à la 6ème  chape (actuellement : B16/M8/Fh8/B8/2’/4’/F/T8).

 

Le récit expressif est situé au-dessus du GO, et la pédale juste derrière celui-ci, au même niveau, également dans le buffet.

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 En 2003, consécutivement à des travaux de raffraichissement de l’édifice et de restauration de la polychromie des autels datant de 1851, le buffet de l’orgue a aussi été polychromé par Bernard Behin des Ateliers St-Luc à Soy-Erezée. Jusqu’alors, il laissait voir une bien fade peinture imitation faux chêne foncé signée « Entreprise Thiry de Bouillon 1911 » qui recouvrait une peinture faux chêne nettement plus claire et vraisemblablement originale. La « tuyauterie » de façade est totalement postiche, étant constituée de planches de section semi-sphérique recouvertes de zinc sur lequel a été ajouté en 2003 une feuille de « flashmetal » traité « vernis noir » afin de lui donner un aspect « vieil argent ».

Les transmissions sont mécaniques, complétées au G.O. d’une assistance par leviers pneumatiques intermédiaires Barker ; il ont ici la particularité d’être installés juste au dessous des demi-sommiers, après l’abrégé donc, en trois niveaux afin d’être d’aplomb des gravures, les 2ème & 3ème niveaux étant alimentés par des portes-vent de postage. La commande se compose d’un train de soupape vertical, les soupapes de décharge et d’admission étant vissées par leur centre sur un même axe de laiton, ainsi leur simultanéité de mouvement devrait en principe permettre un certain contrôle de la mise à pression du soufflet moteur, et donc une certaine progressivité.

Le principe de fonctionnement s’apparente à celui du « moteur pneumatique à simple effet » que fit breveter Cavaillé-Coll en 1859, à la différence qu’ici, la tige de commande est foulée et non tirée, que les soupapes sont circulaires et non coniques, que le ressort de rappel est situé dans la laye et non à l’extérieur, et que la soupape modératrice, au lieu de limiter puis obstruer le passage gravure / soufflet, est ici fixe, travaillant à vent perdu jusqu’au moment où la table du soufflet vienne s’y coller.

 

Les sommiers, tous à registres coulissants, sont dotés de double layes au G.O. avec soupapes d’introduction séparées pour les fonds et les jeux de combinaison, tandis qu’au Récit et en Pédale la commutation des jeux de combinaison est rendue possible par la présence de doubles coulisses superposées.

L’instrument conserve aussi en son soubassement se soufflerie d’origine constituée d’un grand réservoir à 4 plis alternés équipé de 2 pompes à pédale, complétée d’un régulateur à un plis pour le Récit, placé juste au-dessous du sommier.

 

En guise de conclusion


Dans un rayon d’une soixantaine de kilomètres autour de Bouillon, ce qui correspond quasiment à l’ensemble des Ardennes belge, cet orgue demeure avec celui de Fouches (1888) le seul « deux claviers » datant d’avant 1900 et ayant conservé l ‘essentiel de sa substance, ce qui ajoute une grande valeur patrimoniale et historique à sa réelle valeur musicale.

Et l’on peut remercier – tardivement – les tenants de l’installation de cet orgue pour leur persévérance…

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